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L’agroécologie en Wallonie : séduisante en théorie, épuisante en pratique. Pistes et suggestions pour assurer sa viabilité sociale et économique

La thèse d’Antoinette Dumont vise à combler une lacune flagrante dans le domaine des connaissances sur l’agroécologie : la rareté des études empiriques sur les conditions de travail de ses producteurs et travailleurs. Sa recherche porte, plus précisément, sur le secteur de la production de légumes pour le marché du frais en Wallonie. Basée sur une centaine d’entretiens compréhensifs et 34 bilans technico-économiques de fermes très diverses, elle compare les situations de travail entre fermes conventionnelles, biologiques et agroécologiques. Si ces dernières visent des pratiques plus respectueuses à la fois de l’environnement et de l’humain, Antoinette Dumont démontre toutefois que les producteurs agroécologiques n’arrivent pas à mettre en œuvre l’ensemble des pratiques et des principes de ce modèle dans le contexte socio-économique actuel. Obligés d’adopter une hiérarchisation de ces principes, de nombreuses fermes voient leurs conditions de travail et d’emploi affectées par diverses contraintes. L’auteure identifie des pratiques qui permettent de contourner ces contraintes, de même que des politiques publiques destinées à  limiter les compromis entre respect de l’être humain et de l’environnement. Les développements originaux de sa thèse invitent à un regard moins idéologique sur l’agroécologie, tout en ouvrant des perspectives sur une agroécologie davantage inscrite dans la transition.

L'avis du jury Doctoral Thesis Award for Future Generations 2019:

"Cette thèse de doctorat traite d’un enjeu crucial -la transition vers un système alimentaire durable- et s’intéresse plus particulièrement à l’agroécologie, un mode de production agricole prôné pour réinscrire les pratiques agricoles dans les limites naturelles de la planète, pour relever le défi de la faim dans le monde et pour protéger l’emploi des paysans.

Le jury a sélectionné cette thèse pour deux raisons principales. La première est d'avoir traité d'une dimension souvent trop peu abordée dans les travaux sur le développement durable qui est celle des conditions de travail des producteurs et des travailleurs. Sa thèse apporte à ce sujet un éclairage innovant dans le domaine de l'agroécologie. La deuxième raison est d'avoir eu une véritable approche interdisciplinaire dans ses travaux, qui se situent au croisement de l’agronomie, de la sociologie et de l’économie et s’inscrivent dans une épistémologie dite comparative, compréhensive et systémique. Sa thèse présente en effet l'intérêt de comparer les conditions de travail dans plusieurs systèmes de maraîchage, définis en fonction de l’orientation (conventionnel, en agroécologie ou en agriculture biologique) et de la surface cultivée (sur des petites, moyennes et grandes surfaces, ou en grandes cultures). , démontrant ainsi que ces systèmes sont caractérisés par des situations de travail et d’emploi très différentes.

L'analyse de Madame Dumont est dès lors très nuancée et constitue une base précieuse pour la construction d’une agroécologie qui prend appui sur la réalité contemporaine – en ce compris son impact socio-économique – afin de réellement proposer un idéal de justice sociale. Ce travail contribue également de manière significative au débat plus large de la transition vers un mode de développement durable et pourrait être transposée dans d’autres secteurs, tels que celui de l’écoconstruction.   

Le jury salue ainsi la démarche exemplaire de cette thèse de doctorat, qui permet de pallier le manque de compréhension actuel des situations de travail en agroécologie grâce à un solide travail de terrain et une méthodologie rigoureuse et interdisciplinaire.  Il estime de plus que cette thèse offre des possibilités de valorisation très concrètes.

Le jury souhaite encourager Mme Dumont à poursuivre ses travaux en la matière en développant d'autres études de cas au Sud et/ou en Région flamande et en en dégageant des recommandations concrètes, et l'encourage à faire connaître cette approche au sein du monde académique."

Antoinette Dumont est bio-ingénieur (UCLouvain, 2013). Elle a défendu sa thèse en sciences agronomiques et ingénierie biologique en décembre 2017 au Earth and Life Institute – agronomie (ELIA) (UCLouvain). Elle a réalisé un post-doctorat B.A.E.F. (Belgian American Educational Foundation) à l’université de Berkeley en Californie en 2018 auprès du Professeur Miguel Altieri, le fondateur de l’agroécologie. Elle y prolonge à présent son séjour de recherche auprès du Professeur Alastair Iles.

 

Philippe Baret est Doyen de la faculté de bio-ingénierie de l'UCLouvain. Il est professeur d'agroécologie.

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