Le réemploi dans l’architecture intérieure : une nouvelle relation à la matière, à l’environnement et à l’humain.
Le travail d’Esther Bourque-Daydé porte sur le réemploi dans le domaine de l’architecture intérieure. Loin de se limiter à une approche seulement orientée « matériau », il a pour originalité de porter un regard anthropologique sur ce secteur en plein essor de l’économie circulaire. Outre les apports théoriques, l’auteure a en effet longuement donné la parole à plusieurs concepteur·rice·s et usager·ère·s dont les témoignages mettent en évidence divers vécus relatifs au réemploi. Il en va ainsi, par exemple, des notions de fierté et d’appartenance liées à tout ce qui fait l’histoire et la charge émotionnelle des matériaux réutilisés (patine, chaleur, « âme », esthétique artisanale…). Le travail donne également des perspectives sur l’évolution du métier d’architecte d’intérieur (acquisition de nouvelles compétences, remodelage des réseaux professionnels, nouvelle chronologie des projets…) à l’aune du réemploi, de ses avantages et de ses limites.
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> Intervention d'Esther lors du webinaire, à partir de 01:09:20 :
L'avis du jury du HERA Award Sustainable Design 2022
Le jury salue un mémoire particulièrement concret et innovant sur le réemploi, un thème a priori classique de l’économie circulaire et néanmoins capital, dont Esther Bourque-Daydé a identifié le réel potentiel économique et sociétal. Elle parvient d’abord à se démarquer en s’intéressant à la réutilisation des objets dans le domaine de l’architecture d’intérieur, moins ciblée par l’économie circulaire que le secteur de la construction. S’il l’aurait aimée plus innovante, le jury a ensuite été touché par la démarche très humaine de l’auteure, qui parle volontiers de « l’âme des objets », mais également par la qualité esthétique du mémoire, dont les illustrations, réalisées par l’auteure elle-même, invitent à un agréable voyage. Enfin, le jury a apprécié les enseignements que l’auteure tire de ses recherches, notamment la nécessité de sensibiliser et de former au réemploi : sensibiliser pour changer les attentes des donneurs d’ordre et adapter le niveau d’exigence des utilisateur·rice·s des objets ; former les acteurs du réemploi et repenser le métier d’architecte pour tisser une filière de réemploi qui commence à la source, qui soit créatrice d’emplois et qui possède un certain potentiel de réinsertion sociale. En fin de compte, ce mémoire pose la question des valeurs sociétales que le réemploi implique. Les membres du jury pensent que ce travail pourrait être utilisé comme un outil de formation à destination des futur·e·s architectes principalement, mais aussi comme un instrument de sensibilisation dans l’enseignement général.
Rafaella Houlstan-Hasaerts est architecte, docteure en art de bâtir et urbanisme. Elle enseigne à l’ESA Saint-Luc Bruxelles et pratique la recherche-action à l’ULB.
Isabelle Prignot est architecte, elle pratique également l'enseignement et la recherche (écoconstruction, quartiers durables) à la faculté d’architecture La Cambre Horta de l’ULB.