Nominée HERA Award Sustainable Food Systems 2026

Le travail de Juliette Ozer part d’un paradoxe flagrant. Alors que la Belgique jouit d’une abondance de nourriture et d’une sécurité sociale, 600 000 personnes franchissent régulièrement les portes d’une association dispensant une aide alimentaire. L’autrice a réalisé une étude comparative entre une structure d’aide dite traditionnelle – une distribution de colis alimentaires – et une structure dite alternative, un restaurant participatif basé sur la préparation des repas par les personnes précarisées elles-mêmes, sur le respect de processus délibératifs et sur la préférence accordée à une alimentation durable. Son travail analyse les conditions d’émergence et de viabilité de telles alternatives, notamment les atouts et inconvénients du « prix libre » qui y est pratiqué. Plus largement, il met en lumière les ambivalences politiques et sociologiques du don et, à la lumière du concept de « violence alimentaire », propose une typologie des stratégies de résistance des bénéficiaires de l’aide alimentaire.

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L'avis du jury du HERA Award Sustainable Food Systems

Le mémoire de Juliette Ozer met en évidence les violences à l’œuvre dans l’aide alimentaire et les stratégies de résistances menées par les bénéficiaires. Pour cela, elle compare deux systèmes : une structure de distribution de colis alimentaires (modèle traditionnel) et un restaurant participatif (modèle alternatif).

En Belgique, 600 000 personnes recourent à l’aide alimentaire pour se nourrir, un chiffre aussi frappant qu’alarmant. Dans un contexte où les structures d’aide alimentaire, parmi d’autres volets de l’aide sociale, voient leurs financements se réduire et où l’alimentation durable ne semble plus une priorité, le jury a souhaité mettre en lumière l’enjeu de société majeur au cœur du mémoire de Juliette Ozer.

Le jury félicite par ailleurs l’autrice pour sa capacité à vulgariser les concepts mobilisés dans son travail, à l’attention d’un public non averti, par exemple le concept de contre-don (Mauss, 2012).

Même si le mémoire se focalise sur l’aide alimentaire (le « bout de course » des systèmes alimentaires), le jury reconnaît que l’autrice remet en question le système dans son ensemble. Il aurait toutefois aimé que son travail, à un moment donné, change d’échelle et qu’il aboutisse à des recommandations politiques réalistes. Enfin, le jury rappelle que les structures d’aide alimentaire, quelle qu’elles soient, restent nécessaires et met en garde contre une critique trop sévère de systèmes d’aides qui ont le mérite d’exister.