Le travail de Marcelline Lejeune interroge l’accès des jeunes aux lieux de débat politique et, plus spécifiquement, la qualité de la représentation au sein de l’ASBL Parlement Jeunesse, un dispositif de simulation parlementaire installé en 1996 à l’intention des jeunes de 17 à 26 ans dans la Fédération Wallonie-Bruxelles. Sur la base de 5142 candidatures réparties sur 11 années d’édition de ce dispositif, l’autrice a mis en évidence des dynamiques de sélection qui tendent à reproduire les mêmes inégalités de représentation que celles qui règnent dans les instances politiques « classiques ». C’est le cas, par exemple, d’une sous-représentation des jeunes issus des parcours techniques et professionnels. Forte de ces constats empiriques, Marcelline Lejeune formule une série de recommandations telles qu’une sensibilisation des organes décisionnels de l’ASBL aux biais sociaux, une révision des critères d’évaluation des candidat·es et un meilleur ciblage de la stratégie de recrutement. Autant de pistes susceptibles d’intéresser d’autres associations de jeunesse actives dans l’éducation à la citoyenneté.
L'avis du jury du HERA Award Sustainable Democracy 2026
Ce mémoire analyse la représentativité au sein du Parlement Jeunesse en s'appuyant sur l'analyse de 11 éditions. L'autrice met en évidence que ce dispositif de simulation parlementaire reproduit les inégalités de représentation des instances politiques classiques.
Le travail apporte des éléments empiriques intéressants sur une question centrale : l'inclusivité dans les espaces délibératifs. L'enjeu est d'autant plus important dans le contexte actuel de crise de confiance envers les institutions. Le mémoire met ainsi en lumière les inégalités d'accès à ces espaces et explore les moyens de les rendre plus ouverts à tous les publics. Son postulat est particulièrement pertinent : un dispositif censé outiller les jeunes à la participation démocratique reproduit en réalité les mêmes inégalités et le même entre-soi que les institutions qu'il simule. Ce constat, bien documenté, permet de comprendre comment les biais de participation fonctionnent et se perpétuent.
Le jury salue la qualité méthodologique du travail, notamment l'enquête quantitative conduite sur une longue durée, ainsi que les recommandations formulées, transférables à d'autres dispositifs participatifs. Le mémoire répond directement aux enjeux de participation citoyenne et d'inclusion sociale.
Certains aspects pourraient néanmoins être davantage développés. Les dimensions environnementales et économiques sont peu abordées, ce qui limite la portée systémique de l'analyse. Celle-ci, bien que rigoureuse sur son objet, reste centrée sur un dispositif spécifique ; une ouverture à d'autres contextes participatifs en renforcerait la portée. Un approfondissement des ressources quantitatives aurait par ailleurs permis de consolider la validation de certains résultats.
Le jury souligne le potentiel d'application concrète des recommandations formulées, et note que le lien direct de l'autrice avec l'instance étudiée pourrait favoriser leur mise en œuvre effective.