« Eigen koeien en appelen eerst ! » L’écologie politique du Vlaams Belang
Le travail de Louis Droussin examine le positionnement écologique du Vlaams Belang (VB) en le replaçant dans le contexte du succès croissant des formations politiques d’extrême droite en Europe. Trois types de données ont été mobilisées : les programmes électoraux du Vlaams Blok (puis du Vlaams Belang) de 1981 à 2024, l’ensemble des tweets publiés sur le compte Twitter/X du VB depuis 2018 et, enfin, deux entretiens semi-directifs réalisés avec deux des cadres du parti. L’analyse démontre que le positionnement du VB est loin de se réduire au climatoscepticisme classiquement attribué aux partis d’extrême droite, et que le parti mobilise des notions comme la protection des paysages traditionnels, le localisme ou la diminution des pressions sur les écosystèmes via le renforcement des frontières. Selon l’auteur, la possibilité que l’extrême droite électorale développe une vision de l’écologie foncièrement réactionnaire, inégalitaire et raciste existe donc bel et bien en Belgique. Face à ce risque « écofasciste », il appelle les écologistes progressistes et antifascistes à la plus grande vigilance.
A télécharger :
L'avis du jury du HERA Award Sustainable Democracy 2025
Le jury salue ce mémoire qui présente une analyse lucide et déconcertante du rapport du Vlaams Belang à l’écologie, un sujet rarement traité mais essentiel dans le contexte politique belge actuel. Cette approche originale interroge ainsi la manière dont l’écologie peut être appropriée par différents partis politiques, notamment la droite et l’extrême droite. Dans son travail, Louis Droussin met en lumière l’articulation entre nationalisme, justice sociale et écologie, en retraçant l’évolution historique et conceptuelle de cette dernière dans les milieux nationalistes en Europe.
La méthodologie est rigoureuse et l’analyse systémique : le mémoire réussit à lier les enjeux écologiques à des questions démocratiques et d'égalité des chances. Le jury a beaucoup aimé les tableaux de synthèse ainsi que le chapitre discussion et perspectives, qui renoue avec des questions d’actualité de manière systémique, en pointant puis recadrant des débats.
Ce travail se distingue par sa capacité à poser des questions essentielles sur la reconfiguration de l’écologie dans le débat politique. Il nous invite à prendre au sérieux l’investissement de cette thématique par des partis comme le Vlaams Belang. Le jury souhaite mettre en avant ce mémoire car il propose des outils intellectuels innovants pour comprendre cette dynamique. De plus, il nous enjoint à ne pas nous enfermer dans notre propre idéologie, nos propres algorithmes. Or, c’est un réel enjeu démocratique de comprendre comment les différents partis politiques, y compris les partis nationalistes d’extrême-droite, peuvent regarder l’écologie (ou d’autres enjeux). Ce mémoire plaide plutôt pour une compréhension des mécanismes à l’œuvre dans l’approche de l’écologie par l’extrême droite, afin d’en mesurer la portée et les répercussions en matière de politiques socio-économiques ou migratoires. Ce faisant, il permet d’enclencher des réflexions sur ce qui pourrait être mis en place comme garde-fous démocratiques, y compris par les autres partis en présence sur l’échiquier politique, dans une époque de transformation de nos modes de gouvernance et de polarisation de la société.
A télécharger :
Benjamin Biard est chercheur au CRISP et chargé de cours invité en sciences politiques à l’UCLouvain et à l’UNamur. Ses recherches portent notamment sur la vie politique belge, les partis politiques et l’extrême droite.