« Faire paysan » autour de la co-conception d’outils agricoles. Le cas d’une charrette maraîchère
Le travail de Coline Prevost s’ancre dans le champ de l’agroécologie politique et de la sociologie des sciences et des techniques. Il part des constats que les réponses apportées aux problèmes agricoles passent souvent par un surcroît de technicité et que la souveraineté alimentaire, concept fondamental pour repenser les systèmes alimentaires, doit s’accompagner d’une réflexion sur les technologies en agriculture pour avoir plus de force. L’autrice s’est immergée dans Fabriek Paysanne, un collectif militant qui met au point des outils agroécologiques en co-conception avec les utilisateur·ices finaux·ales, c’est-à-dire qu’il les associe à chaque stade de réflexion et de fabrication de l’outil. Le choix s’est porté sur la Kabalèze, une charrette manuelle à destination des petit·es maraîcher·ères. De la conception initiale jusqu’à la production en série limitée, Coline Prévost a retracé le parcours sociotechnique de cet outil, interrogeant notamment l’origine de ses matériaux, son ergonomie, sa réparabilité, son inclusivité et son accessibilité.
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L'avis du jury du HERA Award Sustainable Food Systems 2025
Le mémoire de Coline Prévost retrace le parcours de co-conception d’une charrette maraîchère, encadré par la Fabriek Paysanne. Ce collectif, qui conteste le technosolutionnisme, milite pour une réappropriation par les paysan·nes des savoir-faire liés aux outils agricoles.
Le jury est persuadé que la souveraineté technologique des agriculteurs et agricultrices constitue un enjeu majeur pour la société. Si l’on entend de plus en plus parler de souveraineté alimentaire au niveau de la production, la question de l’autonomie sur les outils et les moyens de production reste plus souvent dans l’ombre. Or, disposer d’outils spécifiques, ergonomiques, modulables, est un réel besoin pour les agriculteur·rices. La démarche de la Fabriek Paysanne, mise en lumière par ce mémoire, est donc tout à fait essentielle.
À travers l’exemple très concret de la charrette maraîchère, l’autrice aborde et développe de nombreux concepts liés à l’innovation soutenable : la co-conception, la réparabilité, le recyclage, la décroissance… Le jury a souhaité primer ce mémoire pour donner un coup de projecteur aux solutions low-tech et prendre ainsi le contre-pied du discours ambiant. Il espère que ce travail pourra inspirer les pouvoirs publics qui ont souvent trop tendance à baser leurs stratégies pour le futur sur les nouvelles technologies.
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Barbara Van Dyck est chercheuse FNRS à l’Agroecology Lab de l’ULB.
François Mélard est enseignant et chercheur en sociologie de l’environnement au Centre de Recherche et d’Intervention Sociologique (CRIS) de l’ULiège. Il étudie les nouvelles conditions d’habitabilité du terrestre face aux changements climatiques et les démarches participatives et démocratiques.