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HERA - Higher Education & Research Awards Femmes, Architecture, Construction & Aménagement du Territoire

Habiter avec le linge. Un habitat collectif féministe à Bruxelles

Le travail de Jade Warmé se situe au carrefour de l’architecture et du féminisme. Il part du constat que l’activité autour du linge est la tâche domestique la plus genrée « femmes » : 85 % en moyenne, et jusqu’à 93 % pour le repassage (en France). A partir d’entretiens semi-directifs menés dans huit logements collectifs belges et de visites dans deux villes soucieuses de développer la dimension « genre » (Vienne et Barcelone), elle a élaboré un projet d’habitat collectif destiné à faciliter le travail du linge, à le rendre inclusif et moteur d’empowerment pour ses habitantes. Conçu pour être installé dans l’écoquartier Tivoli à Laeken (Bruxelles), l’habitat est basé sur trois leviers d’inclusivité (flexibilité, économie et diversité) et six leviers d’empowerment (auto-construction, auto-gestion, autonomie, proximité, visibilité et co-veillance). Pour faciliter le travail du linge, trois principes sont appliqués : mutualisation, valorisation et visibilisation. Plusieurs organismes d’émancipation sociale sont étroitement associés au projet : Community Land Trust Bruxelles, le collectif Angela D., la coopérative à finalité sociale Fairground, l’AIS locale, etc.

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L'avis du jury du HERA  Award Sustainable Architecture 2025

Dans son mémoire, Jade Warmé interroge l’espace accordé à l’entretien du linge dans nos habitats. Bien que cette tâche domestique nous occupe tous les jours, elle intéresse peu les architectes qui n’en tiennent presque pas compte dans la conception des habitats. L’autrice entend donc, par une approche féministe de l’architecture et dans une perspective de soutenabilité sociale, rendre sa juste place au travail du linge. 

Le jury s’est laissé surprendre par l’originalité de ce mémoire. Si de plus en plus de projets architecturaux tiennent compte de la dimension « genre » et que la sensibilisation à cet enjeu croît dans le milieu, le mérite de ce travail est de mettre en lumière une problématique encore trop peu étudiée en architecture et pourtant si centrale dans nos quotidiens. C’est cette dimension sociologique, qui dépasse la question du genre pour interroger nos modes d’habiter et de penser l’organisation de l’espace, qui a réellement touché le jury. 

Le jury souligne également la grande qualité formelle du travail, qu’il a jugé très soigné, clair et percutant. Les dessins contenus dans le mémoire ont également retenu son attention pour leur clarté et leur esthétique. 

Le jury a apprécié être bousculé par ce mémoire qui questionne les normes d’habiter bien ancrées dans les pratiques architecturales. Il souhaite, comme l’autrice du mémoire, que le travail donne matière à réfléchir aux architectes et aux futur·es diplômé·es qui rejoindront la profession.

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Jade Warmé a terminé son master en architecture à LOCI Tournai (faculté d’architecture, d’ingénierie architecturale, d’urbanisme de l’UCLouvain) en juin 2024. Elle travaille actuellement dans le bureau d’architecture AAVO Architects à Mouscron.

Chloé Salembier est docteure en anthropologie, professeure à LOCI et chercheuse au sein de la cellule Uses & Spaces, LAB - UCLouvain.


Audrey Courbebaisse est docteure en architecture, Maîtresse de conférences associée à l'ENSA de Bretagne, chercheuse affiliée au GRIEF, membre associée au LAB-UCLouvain.