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HERA - Higher Education & Research Awards Agriculture & Ruralité

Un outil à 360° pour mieux évaluer la multi-performance de l’agroécologie.

Alors que la plupart des systèmes agricoles sont aujourd’hui évalués en tenant compte principalement du rendement, la thèse de Fanny Boeraeve analyse une autre grille d’évaluation, qui tient compte des externalités négatives et positives, sociales et environnementales : « l’évaluation intégrée des services écosystémiques ». Elle applique cet outil systémique au Réseau des Fermes Novatrices, un réseau hennuyer d’agriculteurs développant depuis une dizaine d’années des pratiques agroécologiques en grandes cultures orientées vers plus de résilience et d’autonomie. Par une approche bottom-up et de terrain, sa thèse démontre en théorie et en pratique que les systèmes agroécologiques restaurent une plus grande diversité de services systémiques que les systèmes conventionnels : résilience à l’érosion, diminution des ravageurs, activité microbienne intense... Fanny Boeraeve formule également des suggestions d’amélioration des processus de science participative.

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> Intervention de Fanny lors du webinaire, à partir de 00:03:19 :

L'avis du jury HERA Doctoral Thesis Award for Future Generations 2022

Le jury souhaite distinguer la thèse de Fanny Boeraeve qu’il considère comme exemplaire à plusieurs titres. Le travail traite d’un enjeu majeur de société qu’il est crucial de pouvoir mettre en lumière auprès d’un large public. Dans sa thèse, Fanny Boeraeve explore un outil novateur – l’évaluation intégrée des services éco-systémiques – pour accompagner les structures agricoles dans leur démarche de transition agro-écologique. Cet outil permet d’évaluer de façon systémique, dépassant le simple critère du rendement et incluant de multiples domaines de valeur (sociaux, environnementaux et économiques), la question complexe de l’évolution des systèmes agricoles conventionnels vers plus de durabilité.

Le jury est impressionné par la méthodologie réellement inter- et transdisciplinaire mise en oeuvre par la lauréate dans sa thèse : de la mobilisation de plusieurs disciplines aux niveaux théorique et méthodologique à l’intégration d’énormément de parties prenantes dans le processus de recherche, la lauréate a fait preuve d’un travail rigoureux et extrêmement pertinent et essentiel pour traiter d’un enjeu de développement durable. Fanny Boeraeve se penche sur l’initiative du « réseau des fermes novatrices » dont elle inclut les acteurs de terrain (agriculteurs, habitants locaux) dans son processus de recherche, d’analyse et de réflexion.

Bien que cela soit cohérent avec la démarche de co-création de la thèse et la posture d’une recherche transdisciplinaire dans laquelle les éventuelles recommandations elles aussi sont co-construites avec les acteurs du terrain et ne peuvent pas être proposées par le·la chercheur·euse uniquement, le jury aurait aimé lire davantage de recommandations pour surmonter les obstacles identifiés et aider le secteur à surmonter les freins à une transition agro-écologique.

Le jury salue donc cette thèse qui propose un véritable pas en avant et un exemple inspirant de comment peut être conduite une recherche complexe et systémique en développement durable.

Fanny Boeraeve a défendu sa thèse doctorale en sciences agronomiques et ingénierie biologique à la faculté de Gembloux Agro-Bio Tech de l’ULiège en décembre 2018. Elle y est actuellement post-doctorante chargée de recherche FNRS.

Marc Dufrêne est professeur d'écologie (biodiversité, services écosystémiques, biens communs) à Gembloux Agro-Bio Tech de l’ULiège.
Nicolas Dendoncker est professeur de géographie à l’UNamur.