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Lauréat HERA Award Sustainable Democracy

HERA Award Sustainable Democracy

Sur la base des contestations sociales de 2024, Noé Hiernaux a interviewé en profondeur 20 agriculteur·ices wallon·nes issu·es de différentes filières et les responsables politiques des trois organisations professionnelles de Wallonie autour de quatre thématiques : l’accès à la terre, la viabilité économique, l’attractivité de la profession et l’impact de l’écologie sur celle-ci. Objectif : faire émerger la conflictualité sociale, c’est-à-dire la façon dont les concerné·es se représentent l’adversité qui les oppose à d’autres acteurs sociaux. Cette enquête sociologique fait émerger de nombreux résultats qui bousculent les idées reçues et sont susceptibles d’ouvrir un dialogue renouvelé entre agriculteur·ices et associations de la société civile. 

Entre agriculture familiale et entrepreneuriale, le travail identifie la multiplicité des éthiques de travail mais aussi les ressentis autour de grands enjeux sociétaux :  les conditionnalités vertes de la PAC, l’irruption du féminisme dans la discussion syndicale, etc.

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L'avis du jury du HERA Award Sustainable Democracy 2026

Ce mémoire mène une enquête sociologique auprès de 20 agriculteur·rices wallon·ne·s, en prenant appui sur les contestations sociales de 2024. L'auteur explore l'accès à la terre, la viabilité économique, l'attractivité de la profession et l'impact de l'écologie pour faire émerger la conflictualité sociale au sein du monde agricole.  Cette analyse met à l’épreuve le concept novateur de "classe écologique" développé par Bruno Latour.

Le jury a été impressionné par la qualité intellectuelle et l’ambition de ce travail. La solidité de l'ancrage théorique, la rigueur méthodologique et la richesse des 20 entretiens en font un mémoire remarquable. Le jury a particulièrement apprécié la pédagogie du mémoire et la manière dont l'auteur prend le lecteur par la main pour expliquer des concepts complexes.

Le concept de « classe écologique » a séduit l’ensemble du jury tout en suscitant une réflexion critique. L’auteur n’en postule pas l’existence comme une évidence, mais en interroge la réalité empirique ainsi que la conscience d’appartenance à une telle classe dans le monde agricole. Cette approche met en lumière l’hétérogénéité du secteur, en révélant une frange d’agriculteur·rices souvent invisibilisée sans en présumer l’homogénéité ni la structuration collective. Le jury considère ce concept comme heuristique, car il permet d’explorer à la fois les convergences écologiques potentielles et les pluralités internes qui traversent cette « classe ».

L’originalité majeure du travail réside dans son approche de la démocratie. L’auteur met en évidence le rôle structurant des inégalités sociales et des rapports de classe, ce qui permet d’éclairer les formes de participation non institutionnalisée qui se déploient dans l’espace public et de mieux comprendre certains blocages démocratiques. Si le jury souligne que le lien avec les innovations démocratiques institutionnelles demeure implicite et que les recommandations opérationnelles restent limitées, il encourage l’auteur à approfondir la manière dont ces résultats pourraient nourrir plus directement la réflexion et l’action des décideurs politiques, voire au développement de dispositifs participatifs susceptibles d’offrir des espaces d’expression et de représentation à des groupes sociaux peu entendus dans les arènes institutionnelles.

En désignant ce mémoire comme lauréat, le jury affirme que comprendre les rapports sociaux qui structurent notre société constitue un préalable essentiel aux innovations démocratiques. En popularisant la notion de classe écologique, le mémoire produit un savoir fondamental pour penser non seulement les politiques publiques agricoles, mais aussi les dynamiques de délibération collective à mettre en place en amont, dans une logique d'anticipation. Ce travail mérite d'être diffusé pour enrichir le débat public.