Pratique, sûr et durable, le fauteuil roulant Mob.e facilite la mobilité des détenu·e·s en prison
Déplacement dans la cellule, accès au parloir, promenade quotidienne, passage dans les détecteurs de métaux… La vie des détenus atteints d’un handicap moteur ou sensoriel est encore plus difficile que celle des détenu·e·s « ordinaires ». Après avoir rencontré le personnel et les détenus en situation de handicap (de 20 à 70 ans) de trois prisons du pays, Corentin Hubin a mis au point le fauteuil roulant Mob.e pour faciliter la vie des détenus concernés, mais aussi des visiteur·euse·s PMR des prisons et des gardien·ne·s, pour qui l’assistance à fournir à ces personnes est souvent malaisée. Mob.e est un fauteuil roulant robuste sans pièces métalliques, dont les constituants exclusifs (bois et plastique) sont peu onéreux, aisément remplaçables en cas de défaillance et recyclables. Il a été réfléchi de sorte à pouvoir être fabriqué dans les ateliers de formation en prison, permettant la familiarisation des détenu·e·s à des technologies nouvelles (découpe laser, impression 3D...) et, à terme, à leur réinsertion dans un métier d’avenir.
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L'avis du jury du HERA Award Sustainable Design 2021
Le jury salue la profondeur de la démarche adoptée, qui donne une belle illustration d’approche systémique du travail du designer. Ce travail intègre avec brio une multitude d’enjeux dans la construction de sa solution : la chaise roulante proposée par l’auteur prend en compte les spécificités techniques de l’institution qu’est la prison (architecture, aménagement), les besoins des usagers, la viabilité économique, la durabilité des matériaux utilisés… sans négliger l’aspect esthétique de l’objet. Ce faisant, ce travail contribue à rencontrer les objectifs de développement durable (ODD), tels que, par exemple, la réduction des inégalités, la santé et la production responsable. L’auteur formule dans son travail un bel équilibre entre ancrage de son produit dans les besoins des détenu·e·s et ouverture vers d’autres usages, dans les aéroports par exemple. L’innovation ainsi proposée apparaît comme étant très aboutie, à la fois techniquement, humainement et économiquement. Le design du produit permet son accessibilité grâce à la réduction de son coût. Le jury souligne aussi l’approche empreinte d’humanité et d’empathie adoptée par l’auteur. Il écoute et implique directement les détenu·e·s dans son projet, notamment dans le processus de réalisation des chaises roulantes qui devient alors une opportunité de formation. La formation vise aussi à sensibiliser les détenus aux pratiques du développement durable. Aussi, ce travail rappelle combien la mobilité est un enjeu central, particulièrement en prison, car toutes les activités qui raccrochent ces personnes au monde social nécessitent de pouvoir se déplacer (par ex. les visites, les formations). Ce faisant, la chaise roulante proposée dans ce travail devient un levier pour la réinsertion de ces personnes. C’est particulièrement important, car les détenu·e·s – et plus encore celles et ceux porteur·teuse·s d’un handicap – souffrent du manque de considération voire d’oubli de la part de notre société. Ce travail rappelle que le design peut aussi participer au soutien des minorités.
Marc Levenstond est professeur de matériaux et de design engineering dans la section design industriel de l’ESA Saint-Luc Liège.