Le rôle du genre dans l’adoption de pratiques agricoles durables. Les fermes de grandes cultures en Wallonie
Sophie Henrotte explore la façon dont les dynamiques de genre influencent l’adoption de pratiques agricoles durables dans les fermes de grandes cultures en Wallonie. Après avoir analysé la littérature – plutôt rare – sur le sujet, elle a mené des entretiens semi-directifs auprès de 29 agriculteur·ices, engagé·es ou non dans des pratiques durables. Ses résultats confirment des études réalisées ailleurs, par exemple le fait que les agricultrices, via leur implication particulière dans les circuits courts, sont un soutien pour la durabilité agricole. Ils mettent aussi en évidence des phénomènes méconnus. Parmi ceux-ci, le fait que les normes sociales masculines invisibilisent l’impact des pesticides sur la santé, ou que les conseillers techniques extérieurs ont tendance à considérer les agricultrices comme illégitimes et à accentuer leur utilisation de pesticides. Le mémoire souligne le sexisme présent dans ce secteur et comment il éloigne les agricultrices des services d’information. Diverses recommandations sont formulées en termes de politiques, de formations, d’accompagnement, etc.
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L'avis du jury du HERA Award Sustainable Food Systems 2025
Le jury a été unanimement séduit par ce mémoire. Tant la revue de la littérature que les entretiens réalisés par l’autrice sont convaincants. Même avec un échantillon assez réduit, l’analyse des perceptions individuelles permet de comprendre les mécanismes sexistes à l’œuvre dans le monde agricole et, en réaction, d’identifier certains leviers d’action pour changer les mentalités et cheminer vers une agriculture plus durable.
Le jury a apprécié chausser les « lunettes du genre » pour observer le monde agricole, sa sociologie, sa structuration, ses procédés. Cette approche, plus courante quand il s’agit d’étudier les alternatives au modèle conventionnel, est ici appliquée à l’analyse des pratiques dans le contexte des grandes cultures. En cela, ce travail est réellement passionnant et innovant.
Le jury est persuadé que l’approche du genre permet d’enrichir la réflexion, sur les pratiques agricoles comme c’est le cas ici, et sur bien d’autres sujets. En récompensant ce mémoire, aux échos très actuels, le jury entend promouvoir cette vision.
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Goedele Van den Broeck est professeure à la faculté des bioingénieurs de l’Earth and Life Institute à l’UCLouvain. Economiste agricole, elle étudie comment rendre les systèmes agroalimentaires plus durables, sains et inclusifs.