Les conditions du projet populaire. Paradoxes socio-spatiaux et jeu de tensions en Hainaut franco-belge
Urbaniste praticienne et coordinatrice du projet européen Réseau Hainaut Solidaire (RHS), Larissa Romariz Peixoto s’est immergée dans six quartiers populaires du Hainaut franco-belge en développant des méthodes systémiques pour appréhender la complexité de la parole habitante. En plaçant les récits des habitant·es au cœur des analyses mais aussi des solutions, elle bouscule les politiques classiques d’inclusion sociale et de rénovation urbaine. Elle démontre, notamment, que les projets urbains, trop souvent thématiques, exacerbent les violences sociales et spatiales préexistantes et que les concertations citoyennes, si valorisées soient-elles, disqualifient la parole des habitant·es des quartiers populaires. Partant de ces constats, elle propose un processus de projet populaire, à savoir un projet partagé de transformation territoriale dont elle détaille les conditions d’émergence. Parmi celles-ci, la valorisation des ressources humaines locales et, chez les « acteur·rices » traditionnel·les de la ville, l’adhésion à un nouveau paradigme : la ville à réparer.
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L'avis du jury du HERA Doctoral Thesis Award et du Special HERA Award Brussels for Future Generations 2024
Le jury a été séduit par la thèse de Larissa Romariz Peixoto qui propose une excellente lecture des tensions etparadoxes socio-spatiaux à l’épreuve de projets urbains dans les quartiers populaires. Dans sa thèse, l’autrice tente de comprendre les mécanismes complexes qui sous-tendent la mise en œuvre – et a fortiori les chances d’aboutissement et de succès – de projets urbains et urbanistiques dans les quartiers populaires. Elle montre comment ces derniers, alors même qu’ils visent une meilleure intégration sociale des habitant·e·s, exacerbent souvent les violences sociales, psychologiques et spatiales déjà installées dans ces quartiers. Le jury a particulièrement apprécié l’approche résolument systémique et participative adoptée dans la thèse. Celle-ci permet d’adresser avec beaucoup de pertinence et d’efficacité la problématique des inégalités sociales et territoriales provoquées d’une part par les formes urbanistiques héritées du passé et d’autre part par les politiques d’insertion urbaine et sociale en vigueur. A travers un impressionnant travail de terrain, l’autrice dépasse les visions d’expert·e·s et identifie les conditions d’émergence d’un réel projet populaire. Dans ce contexte, elle déstigmatise la voix des habitant·e·s et leur redonne pleinement le pouvoir et la légitimité de s’exprimer sur leur lieu de vie, d’en imaginer l’avenir et de prendre des décisions le concernant. A cette fin, l’autrice propose des outils intéressants pour favoriser la participation citoyenne, faciliter les échanges et la co-construction d’un projet commun mettant au cœur de son fonctionnement les principes de gouvernance participative. Elle parvient de la sorte à faire émerger du terrain (approche « bottom-up ») des pistes de solutions pour une transition réellement durable des quartiers populaires, aux niveaux environnemental, économique et social. Le jury regrette toutefois que sur les six quartiers étudiés, seuls deux quartiers se situent en Wallonie, et par ailleurs dans la même province, et aurait souhaité que les enseignements des expériences puissent faire l’objet de plus de généralisation. Par ailleurs, le jury souligne les capacités de vulgarisation de l’autrice ainsi que la qualité graphique de la thèse qui facilite grandement la transmission du message. Le jury se montre très enthousiaste à la lecture des propositions de valorisation qui envisage de développer le projet et encourage vivement la concrétisation de celles-ci (par ex. l’application du projet populaire à des thématiques comme la transition écologique ou les services liés au soin, à la santé mentale et physique).
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Jean-Alexandre Pouleur est professeur à l’UMONS, docteur, architecte et urbaniste, chef du service de recherche et d’enseignement «Architecture et Société», spécialisé en participation citoyenne pour le ménagement de lieux vivants.