Les défis de l’institutionnalisation des pratiques délibératives au sein des organisations politiques émergentes
Le travail d’Iphigénie Koutsougeras porte sur les tensions qui naissent dans les organisations sociales adoptant des pratiques délibératives soucieuses d’incarner de nouvelles formes de participation citoyenne ; et, plus particulièrement, sur la façon dont ces pratiques, en s’institutionnalisant, parviennent – ou non – à répondre au déficit démocratique et à la perte de confiance ou d’intérêt des citoyen·nes pour les questions politiques. L’originalité de sa démarche consiste à avoir comparé un mouvement de désobéissance civile à un parti politique. Après un état de lieux de la littérature, elle s’est immergée dans ces deux groupes de différentes manières : observations, entretiens informels avec ses membres, participation à des actions in situ, etc. Parmi ses conclusions, le fait que les mécanismes d’exclusion culturelle et socio-économique persistent, enracinées dans des discriminations systémiques, structurelles et invisibilisées ; le fait, aussi, qu’il est possible de les dépasser par la mise en place de structures d’inclusivité proactives : quotas, groupes en non-mixité choisie, etc. Le travail propose des pistes de gouvernance encore plus équitables.
L'avis du jury du HERA Award Sustainable Democracy 2025
Bravo à Iphigénie Koutsougeras qui analyse un enjeu majeur : celui de la crise de la démocratie représentative, dont les causes et les conséquences sont de plus en plus documentées et qui appelle de manière urgente à une meilleure connaissance des alternatives en présence. Ce faisant, ce mémoire répond pleinement aux enjeux auxquels le prix souhaite répondre.
À travers une comparaison critique de deux organisations émergentes alternatives, un mouvement de désobéissance civile et un parti politique organisant des assemblées délibératives, il explore les tensions liées à l’institutionnalisation et l’efficacité de ces derniers dans leur réponse au déficit démocratique.
Le jury tient à féliciter Iphigénie pour sa méthodologie quasi irréprochable et son analyse approfondie. Peu de mémoires analysent les processus délibératifs au sein des mouvements sociaux avec un tel degré de précision. La grille de lecture proposée peut d’ailleurs inspirer le processus délibératif institutionnel. La dimension systémique constitue un autre point fort du mémoire (même si l’aspect économique est moins présent), en particulier l’attention portée à la dimension sociale du sujet, sous le double angle de l’inclusion et de l’exclusion dans les pratiques organisationnelles. Un dernier atout est l’implication de l’autrice dans la récolte des données : celle-ci n’a pas hésité à aller observer des acteurs en train d’expérimenter de nouveaux modes de gouvernance. En cela, le mémoire témoigne d’une forme de recherche-action et d’un engagement qui se manifeste également dans les pistes de prolongement suggérées par l’autrice, qui aimerait notamment mettre en place « des ateliers de réflexion avec des organisateurs d’assemblées citoyennes et des personnes concernées par les discriminations, afin d'identifier et de corriger les biais d'exclusion au sein de ces espaces participatifs ».
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Benoît Rihoux est professeur ordinaire de science politique (politique comparée et méthodes de recherche), ISPOLE (UCLouvain). Chair du MethodsNET (Methods Excellence Network).