Lauréate HERA Award Sustainable Architecture 2026

Né du drame de la rue d’Aubagne à Marseille en 2018 (deux immeubles vétustes du centre-ville s’effondrent et entraînent l’évacuation de 1 245 ménages), le travail de Carla Schneider pose la question de la capacité de l’architecture à contribuer à une ville moins fragmentée, moins excluante et davantage orientée vers le bien-être de tou·tes ses habitant·es. Il se concentre sur les quartiers Nord de la Cité phocéenne, notoirement marginalisés et sous-équipés. Après une analyse historique et urbaine de ceux-ci, Carla Schneider propose un projet de revitalisation articulé autour de 3 échelles spatiales (territoire, quartier et cité) et de trois leviers : mise en place d’un tramway facilitant l’accès des habitant·es du Nord au reste de la ville, installation d’équipements culturels, artistiques, sportifs et éducatifs partagés entre les cités et, au niveau plus ciblé de la Cité Kalliste, réaménagement complet du bâti et des espaces publics. L’ensemble de son travail propose une architecture engagée agissant sur les territoires et les injustices.

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L'avis du jury du HERA Award Sustainable Architecture 2026

À travers son mémoire, Carla Schneider imagine des solutions pour désenclaver les quartiers Nord de Marseille. Son projet s’articule autour de trois grandes propositions : à l’échelle de la ville, mieux connecter les quartiers Nord au centre-ville et aux secteurs d’emploi en améliorant le réseau de transports ; à l’échelle du quartier, revitaliser l’espace en installant des équipements ; enfin, à l’échelle de la cité, aménager pour habiter autrement.

L’autrice s’est emparée d’un enjeu de société majeur et contemporain, la fragmentation sociale et spatiale dans les grandes villes, et l’a analysé avec beaucoup d’à-propos. Elle a pris soin de poser le contexte historique pour expliquer les racines du phénomène. Elle a aussi traité conjointement transition écologique et justice sociale, comme des conditions essentielles du droit à la ville. Le jury a senti un réel vent d’espoir dans les opportunités créées pour réinvestir ces quartiers. Selon le jury, la mise en place d’un processus participatif pourrait enrichir l’analyse personnelle de l’autrice et donc son projet.

Par ailleurs, le jury a été impressionné par l’ambition de ce mémoire. Si l’ampleur du travail est considérable, le jury aurait apprécié que davantage de liens soient explicités entre les différentes parties de l’analyse et que l’autrice donne plus de place au cœur de son sujet : la réhabilitation d’une cité, avec son passif.

Pour finir, le jury a été pleinement séduit par la redéfinition fondamentale de l’architecture, en conclusion du mémoire, comme une pratique engagée en faveur de la justice sociale. L’autrice a ainsi doublé sa réflexion d’un engagement personnel, qui a particulièrement plu au jury. Le jury encourage dès lors l’autrice à poursuivre la diffusion de son mémoire, comme elle a déjà eu l’occasion de le faire lors d’un colloque, et de la sorte continuer à le rendre vivant et dynamique.