Faire mieux avec moins : réconcilier culture et élevage en Wallonie, et y réintroduire les légumineuses.
En Wallonie comme ailleurs, les flux d’azote jouent un rôle important dans la fertilité des sols agricoles, mais aussi dans la limitation des gaz à effet de serre et de la pollution des eaux. Le travail d’Estelle Compere Leroy et de Marie-Aline Cornu a consisté à étudier ces flux selon un point de vue systémique quantitatif et qualitatif, bien au-delà d’une analyse traditionnelle d’ingénierie agricole menée à l’échelle de la parcelle. Les deux auteures ont d’abord mis en évidence deux tensions majeures dans la gestion des flux d’azote en Wallonie, l’une quantitative, l’autre territoriale. Sur la base d’un dialogue co-construit avec 17 expert·e·s du secteur, elles ont ensuite élaboré deux scénarios susceptibles de répondre à ces tensions, l’un relatif à l’extension de l’agriculture biologique à l’horizon 2030, l’autre relatif à l’autonomie du cheptel en azote digestible. Deux leviers ont été identifiés pour lever les tensions : l’augmentation des surfaces cultivées en légumineuses et le renforcement collectif de l’intégration culture/élevage.
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> Intervention d'Estelle et Marie-Aline lors du webinaire, à partir de 00:03:29 :
L'avis du jury du HERA Award Sustainable Food Systems 2022
Le jury applaudit ce mémoire très abouti, traitant d’une problématique majeure – combiner production agricole à faible prix et en quantité suffisante via l’utilisation de l’azote, et transition écologique - avec clarté et méthode. Ce travail démocratise un sujet qui s’avérait de prime abord peu abordable pour les personnes non expertes. Les questionnements structurant l’analyse sont bien amenés, ce qui facilite la lecture et la compréhension du travail. Le caractère accessible du travail n’empêche cependant pas le propos d’être nuancé et lucide, notamment quant aux limites de l’analyse proposée. Le sujet est traité à 360° et inclut particulièrement bien les questionnements liés à la gouvernance, en se penchant notamment sur les enjeux de coopération entre les acteurs concernés. Le mémoire aboutit à la création d’un outil de prise de décision aussi bien au niveau de l’exploitation agricole qu’au niveau politique, très concret et adapté au territoire étudié, avec de solides perspectives d’application pratique. Le jury salue enfin l’approche engagée des auteures, qui ont choisi d’utiliser l’écriture inclusive pour la rédaction de leur mémoire.
Philippe Baret est professeur de génétique, d’analyse des systèmes et d’agroécologie à UCLouvain. Il co-anime l’équipe de recherche Sytra sur la transition des systèmes alimentaires et les fermes universitaires de Louvain. Il est président de SOS Faim.