Sépulture régénérative et design
Le travail de Laura Stevens explore le compostage humain comme mode de sépulture alternatif à l’inhumation et la crémation. Bien qu’infiniment plus écologique que les pratiques actuelles, la réduction organique des corps (ROC) sous l’action des végétaux et des micro-organismes reste peu pratiquée, notamment en Belgique où elle n’est pas encore permise. Laura Stevens présente d’abord la ROC sous ses différentes facettes techniques via l’analyse de l’humusation (une version artisanale expérimentée en Wallonie) et des six méthodes actuellement en vigueur dans le monde. Elle met ensuite sa connaissance du design au service de la conception d’un contenant pour les corps : une sépulture temporaire, fermée et extérieure, qui offre des conditions optimales au processus, aux opérateur·ices et aux proches du/de la défunt·e. Son travail a pour objectif de rendre attractif le compostage humain. Il a pour fils conducteurs le respect des cultes, le respect des cultures et le respect de la dignité des mort·es et des vivant·es.
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L'avis du jury du HERA Award Sustainable Design 2025
L’ensemble du jury félicite Laura Stevens pour son travail, qui explore le compostage humain : il s’agit d’un mode de sépulture écologique, se présentant comme une alternative à l’inhumation et à la crémation qui séparent la vie (de l’être humain) du vivant (la nature). En abordant certaines de nos pratiques funéraires et leurs impacts environnementaux, elle nous interpelle, d’une façon à la fois très personnelle et universelle : celui de la mort. À travers le choix de ce thème, elle met en exergue que la pensée à 360° n’a aucune frontière et peut (doit) s’appliquer à toutes les thématiques de nos sociétés, sans tabou. Avec simplicité, empathie et philosophie, ce mémoire questionne nos rites et cultures : il nous rappelle à tous et toutes que la mort fait partie intégrante de la vie et propose une manière de l’embellir. Un réel coup de cœur pour le jury qui a pris un grand plaisir à le lire.
Outre un regard neuf et lumineux sur un sujet difficile et néanmoins majeur, le mémoire apporte une vision systémique sur le compostage humain, en abordant autant les aspects économiques (viabilité économique, investissements et coûts, impacts sur le marché et les métiers, comparaison des coûts entre enterrement « classique » et compostage) et environnementaux (émissions de gaz à effet de serre, particules et polluants de l’air, durabilité, réutilisation, pollution du sol, production locale) que les aspects humains (réflexion autour des rites funéraires, des besoins des personnes endeuillées, rapport à la nature, ramener la vie dans la mort) et de gouvernance participative (prise en compte des attentes des différent·es utilisateur·ices et opérateur·ices ainsi que de l’acceptabilité sociale, inclusion des différents cultes religieux, questions d’accessibilité, entretiens avec des personnes du terrain – agriculteur, fossoyeur, entreprise de pompe funèbre). Au-delà de son approche fouillée, passionnée et humaine, l’innovation principale du mémoire réside dans le design d’une solution implémentable, qui se développe progressivement aux États-Unis et en Allemagne, et que Laura Stevens tente de rendre désirable en Belgique.
En guise de pistes de développement du projet, le jury suggère d’investiguer davantage certains éléments techniques (quid des eaux et traitement des liquides par exemple ?) et de définir les étapes de l’intégration de cette nouvelle pratique funéraire au niveau législatif. Il espère en tout cas que ce travail pourra semer des petites graines dans l’esprit de l’opinion publique.
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Jean-François Lavis est docteur en sociologie, il est professeur de cours généraux (actuellement sociologie, sémiologie et théorie du design) à l’ESA Saint-Luc Liège.