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HERA - Higher Education & Research Awards Femmes, Économie et Entrepreneuriat à Finalité Sociétale, Égalité Sociale & Diversité

Tensions en série : enquête sur le genre et le travail dans la gouvernance des coopératives belges

Le travail de Zoé Marlier met en lumière le décalage entre les principes en vigueur dans les coopératives belges (démocratie, égalité, etc.) et la réalité de celles-ci en ce qui concerne l’inclusion des femmes dans leur gouvernance. L’autrice a mené des entretiens avec 21 administratrices et 3 administrateurs de coopératives. Elle a identifié les parcours et les profils des femmes engagées au sein des organes d’administration, tout en s’attachant aux tensions rencontrées entre leur engagement au sein des coopératives et leur sphère familiale et professionnelle. Systémiques, ces tensions proviennent de l’ontologie patriarcale dont ces organisations, malgré les efforts fournis, n’arrivent pas à se défaire. Le travail se termine par la formulation de nombreuses recommandations, tantôt matérielles et concrètes, tantôt politiques et idéologiques, permettant de tendre vers une gouvernance réellement démocratique et inclusive.

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L'avis du jury du HERA Award Sustainable Economy et du HERA Award Sustainable Economy | Social Economy 2024

Pour la première édition du HERA Award Sustainable Economy | Social Economy, le jury souhaite mettre en lumière le mémoire de Zoé Marlier qui aborde un enjeu très actuel et pourtant encore peu sérieusement pris en compte dans le domaine entrepreneurial, et spécifiquement au sein des entreprises coopératives. Le mémoire aborde la question de l’égalité des genres dans le secteur des coopératives. Le jury souligne que ce sujet, s’il n’est pas nouveau, reste particulièrement pertinent dans le contexte actuel. Si les particularités du secteur coopératif au regard de cet enjeu ne sont pas toujours évidentes à établir, le jury estime intéressant de s’y intéresser spécifiquement dans le secteur coopératif qui, justement, se situe parfois entre la vie privée et vie professionnelle, favorise davantage les interactions entre les sphères privées et professionnelles. A cet égard, l’autrice traite notamment de l’arbitrage entre l’engagement professionnel rémunéré et l’engagement bénévole chez les femmes : cette question est peu souvent abordée sous cet angle et permet de mettre en lumière des inégalités et tensions criantes et révélatrices du chemin encore long à parcourir en matière d’égalité des genres. Par ailleurs, le jury a également apprécié les liens développés dans le mémoire entre d’une part le sens donné au travail et la prise en compte de la charge du soin (« care ») portée par les femmes et d’autre part leur représentation dans les postes de direction. Dans son mémoire, l’autrice mobilise une grille d’analyse féministe étayée et nuancée, couplée à une enquête de terrain concrète : le jury a apprécié cette double approche méthodologique qui apporte un éclairage à la fois rigoureux et concret à la problématique traitée. La délimitation du terrain et des cas d’étude est très large puisqu’elle couvre l’ensemble des coopératives de droit belge. La grande diversité des coopératives étudiées relativise donc un peu la portée des résultats. Le jury trouve qu’il aurait été intéressant de procéder à une sélection plus stricte, par exemple en ne reprenant que les coopératives agréées par le Conseil national de la Coopération (CNC)1. Le jury souligne toutefois la grande richesse des comptes rendus des questionnaires soumis et suggère pour de futurs développements d’y intégrer davantage d’hommes et de procéder à des interviews en direct avec les acteur·ice·s. Enfin, le jury salue ce mémoire qui propose des pistes d’action et de recommandations concrètes qui facilitent l’innovation sociale à différentes échelles. A titre d’exemple, la question des quotas – très souvent mise sur la table et soulevant beaucoup de questions et de problèmes – apparaît pas ou peu dans les débats au sein des coopératives. Le jury estime qu’on se situe à un moment intéressant pour mettre en lumière cet enjeu – d’autant que l’autrice élargit sa réflexion aux enjeux d’intersectionnalité (classe sociale, niveau d’éducation, origine ethnique, etc.).

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Zoé Marlier a terminé son master en transitions et innovations sociales organisé conjointement par l’UMONS, l’UCLouvain, la HEH, la HEPH-Condorcet et la HELHa en juin 2023. Elle est actuellement doctorante au centre d’économie sociale de HEC Liège (école de gestion de l’ULiège).

David Jamar est chargé de cours au service sociologie et anthropologie à la ESHS(école des sciences humaines et sociales) de l’UMONS. Ses domaines d'expertise sont : les territoires, l’écologie des luttes sociales, les racismes et les antiracismes.