Travailler comme un "arraché", être payé comme un étudiant : une immersion anthropologique dans le maraîchage biologique
Le travail de Nicolas Loodts est le fruit d'une immersion de huit mois dans une coopérative wallonne pratiquant, sur un peu plus d'un hectare, un maraîchage qui allie les principes de l'agriculture biologique et de l'agroécologie, et commercialisant ses légumes en circuit court. Diplômés en sciences politiques, en agronomie ou en éducation, ses membres ont la particularité d'être tous des "NIMAculteurs", des agriculteurs Non-Issus du Milieu Agricole. Nicolas Loodts a participé aux activités de la coopérative en tant qu'aidant. Parallèlement, il a tenté de comprendre les réalités et les difficultés de la pratique agricole menée dans ce cadre spécifique, en particulier le basculement du parcours professionnel des coopérateurs. A travers le parcours d'une tomate (aliment fortement globalisé et requérant un important savoir-faire technique), il a ensuite réalisé l'ethnographie de la coopérative en posant diverses questions. Où se situe la "nature" aux yeux de ces maraîchers ? Dans quelle mesure sont-ils et se considèrent-ils comme des "paysans" ? Nicolas Loodts a également exploré la relation entre l'identité du maraîcher/coopérateur et les enjeux politiques et économiques cachés derrière le prix d'une tomate, de même que la culture de la parole franche (ou "parole cash") pratiquée dans la coopérative.
L’avis du jury du Master’s Thesis Award - Sustainable Food Systems 2019:
"Le jury a apprécié ce beau portrait de maraîcher et le regard anthropologique posé sur le sec-teur agricole, qui met en évidence les difficultés du métier, les conditions de travail et la via-bilité économique. L’auteur choisit une forme innovante pour transmettre son travail : via le parcours d’une tomate tout au long de la chaîne de production, il fait voyager le lecteur. Le mémoire a un potentiel de sensibilisation du grand public et de transmission du savoir. Il aborde le retour à la nature, la question du lien avec la terre, l’impact sur le bien-être et la santé, qui sont des enjeux majeurs dans le domaine alimentaire."
Séverine Lagneaux est anthropologue et Docteure en sciences politiques et sociales. Elle coordonne la Chaire « Anthropologie de l’Europe contemporaine » à l’UCLouvain.