Lauréate HERA Award Sustainable Economy 2026
Louise Lemineur a mis au point un outil permettant aux entreprises de situer leur progression vers l’état d’« entreprise régénérative ». Encore peu connu chez nous, ce concept désigne des entreprises qui vont au-delà de la simple réduction ou compensation de leurs impacts écologiques et sociaux, au profit d’une contribution positive aux systèmes dans lesquels elles s’inscrivent. Sur la base d’une analyse de la littérature émergente, l’autrice a identifié six piliers de l’entreprise régénérative : sens, coopération, robustesse, ancrage territorial, approche systémique et lien avec le vivant. Ces piliers ont été approfondis à partir d’entretiens menés auprès de cinq chefs d’entreprise engagés dans cette démarche, ce qui lui a permis d’enrichir son outil. Chaque pilier est décliné en principes, leviers, freins et exemples de mise en œuvre. Son travail plaide pour un dépassement des réponses purement techno-solutionnistes apportées aux défis socio-environnementaux et pour des approches ouvertes à la biologie, aux sciences sociales, etc.
L'avis du jury du HERA Award Sustainable Economy 2026
Le jury souhaite distinguer le mémoire de Louise Lemineur pour sa qualité remarquable tant par la clarté de sa structure que par la richesse de son contenu théorique. A travers son mémoire, l’autrice développe avec rigueur et pédagogie le concept d’entreprise régénérative. L’approche systémique adoptée permet d’élargir la réflexion au‑delà des modèles économiques traditionnels, en intégrant des dimensions telles que la gouvernance, la résilience, les modèles coopératifs et les apports de cadres alternatifs. Le mémoire se distingue par sa capacité à proposer une vision imaginative et ambitieuse de ce que pourrait être l’entreprise de demain, tout en restant solidement ancré dans le réel et dans des perspectives d’application concrète.
À cet égard, l’outil de diagnostic proposé par Louise constitue un apport notable : progressif, structuré et orienté vers l’action, il offre aux entreprises un moyen de se situer, d’identifier leurs marges de progression et de s’engager dans une démarche plus durable. Le jury estime sa construction cohérente et stimulante, et le travail témoigne d’un véritable effort d’opérationnalisation rarement observé à ce niveau d’étude.
Le jury tient également à relever la qualité rédactionnelle, la solidité des sources mobilisées et la cohérence de l’ensemble. L’autrice fait preuve d’une maturité certaine dans sa réflexion, notamment dans la conclusion, qui interroge avec pertinence le rôle des ingénieur·es dans les transformations sociétales et environnementales en cours. Cette dimension personnelle et réflexive a été particulièrement appréciée par le jury.
Ensuite, si le jury a apprécié les entretiens réalisés auprès d’entreprises réelles, le jury estime que le mémoire aurait gagné à expliciter davantage le choix des entreprises étudiées – dont certaines ont des activités industrielles très impactantes – ou à positionner plus clairement les entreprises par rapport aux concepts mobilisés. Le jury attire l’attention sur un risque potentiel d’appropriation détournée de l’outil, notamment dans une logique de greenwashing, dès lors qu’il n’établit pas de critères d’entrée ou de garde-fous permettant de distinguer les démarches sincères des stratégies plus opportunistes. Le jury reconnaît toutefois que le mémoire ne vise pas à créer un label, ce qui limite en partie ce risque, mais estime qu’une mise en garde plus explicite aurait renforcé la portée critique du travail.
Par ailleurs, malgré un travail de terrain conséquent, les entretiens n’ont pas permis d’éclairer la manière dont l’outil proposé se déploierait concrètement dans différents contextes. Le jury encourage donc l’autrice à poursuivre ce travail et serait très curieux de voir l’outil de diagnostic appliqué de façon explicite et concrète à une grande variété de cas d’étude afin d’en illustrer à la fois sa pertinence et ses éventuelles limites. Enfin, le jury suggère également de continuer le travail en intégrant une mise en perspective avec d’autres modèles d’entrepreneuriat, notamment l’économie sociale, afin d’enrichir la réflexion sur les alternatives existantes et offrir un regard plus diversifié sur les trajectoires possibles vers des formes d’entreprise plus soutenables.
En conclusion, le jury considère qu’il s’agit d’un mémoire solide, ambitieux et inspirant, qui propose des apports théoriques riches, un outil opérationnel et une réflexion personnelle d’une grande maturité. Le mémoire de Louise atteint pleinement ses objectifs et ouvre des pistes stimulantes pour penser et accompagner l’évolution des entreprises vers des modèles réellement transformateurs.