Nominée HERA Award Sustainable Behaviour 2026

Le travail de Célia Lemaire explore le « réensauvagement », un concept né aux États-Unis visant à rétablir des écosystèmes autonomes par la libre évolution des cours d’eau et des forêts, et la non-intervention humaine. À la confluence de la sociologie, de l’écologie et de l’anthropologie, l’autrice mobilise la théorie de Paul Ricoeur pour analyser les récits entourant les deux parcs nationaux récemment créés en Wallonie : celui de la Vallée de la Semois (29 000 hectares) et celui de l’Entre-Sambre-et-Meuse (22 000 hectares). À travers une grille d’analyse à six entrées portant sur les discours des acteur·rices de terrain et la communication officielle des deux parcs, elle examine comment le « réensauvagement » est mis en scène, notamment à travers la figure du lynx, le « fantôme de la forêt ». Ce faisant, elle suggère que les crises écologiques.

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L'avis du jury du HERA Award Sustainable Behaviour 2026

Le jury félicite Célia Lemaire pour son mémoire, qui répond à un enjeu majeur : proposer un nouveau récit pour la Wallonie. Un récit qui reconnaît l’existence d’une nature, en partie sauvage, à préserver et qui ouvre la voie à d’autres modes de développement.

Ce travail explore la relation entre humains et non-humains, un thème que le jury considère comme original, innovant et émergent. L’autrice analyse le rôle des récits dans la construction de l’imaginaire collectif autour du « sauvage », en étudiant les récits de réensauvagement dans les Parcs nationaux wallons de la Vallée de la Semois et de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Le jury valorise ce choix, estimant que nous avons aujourd’hui besoin de nouvelles histoires pour influencer positivement les comportements et faire avancer la transition. Les récits inspirants rendent le changement plus désirable et renforcent notre lien au vivant, notamment auprès des jeunes générations pour lesquelles ces récits contribuent à façonner une relation différente à la nature. Le jury apprécie l’utilisation de la narratologie et de la théorie du récit. Le recours à la pensée de Paul Ricoeur, pourtant exigeante, est maîtrisé et pertinent.

Au-delà de l’analyse, ce mémoire propose des recommandations et cherche à faire évoluer les paradigmes de départ. Cette volonté est saluée par le jury qui souligne également la dimension pluridisciplinaire du travail. Celui-ci aborde de manière transversale des enjeux sociaux, environnementaux et publics à partir d’un cas concret. Bien qu’issu d’un master en sciences et gestion de l’environnement, il s’apparente à un véritable travail de sociologie, qualité particulièrement appréciée.

Le jury note toutefois que le réensauvagement tel qu'étudié ici peut apparaître comme une approche ambitieuse dont la transposition à d'autres contextes mérite réflexion. Il encourage à dépasser le cas étudié, notamment celui du lynx dans la Vallée de la Semois, pour ouvrir la réflexion à d’autres formes de « petits réensauvagements », y compris en milieu urbain ou domestique. L'enjeu plus large est de penser la cohabitation avec la faune dans tous les contextes, du jardin de ville aux espaces naturels protégés. Il invite donc à considérer ce mémoire comme un récit abordant la thématique suivante : ‘comment laisser plus de place à la nature sauvage ?’. Le jury reconnaît que si le récit seul ne suffit pas à transformer les comportements, il constitue néanmoins un levier essentiel sur le long terme, particulièrement pour renverser les narratives négatives et cultiver un imaginaire positif.

Le jury félicite Célia Lemaire pour la qualité, la profondeur et l’originalité de son mémoire, et l’encourage à poursuivre cette réflexion inspirante.