Nominée HERA Award Sustainable Engineering 2026
Au croisement de la biologie et de l’architecture, le travail d’Elisa Hofmann analyse le potentiel de la terre crue et du mycélium (partie végétative des champignons) comme matériaux de construction alternatifs aux matières premières conventionnelles : 100 % biosourcés, faible empreinte carbone, biodégradables et compostables en fin de vie. L’autrice analyse tout particulièrement la faculté du mycélium à intervenir comme bio-adhésif avec des briques de terre crue. L’originalité de son approche est d’être à la fois technique (mise au point d’un isolant mycélien pour une brique en terre crue, suivie d’essais de validation) et socio-anthropologique (étude de l’acceptabilité sociale de ce biomatériau via 2 focus groups constitués d’architectes, gestionnaires de chantier, ingénieurs et gérants d’entreprise en construction). Cette double approche lui permet de mettre en évidence les leviers et les freins à l’utilisation des matériaux à base de mycélium dans le secteur de la construction. Parmi les freins, le coût élevé lié à des méthodes de production lentes et requérant des savoirs spécialisés.
L'avis du jury du HERA Award Sustainable Engineering
Face aux enjeux environnementaux, il est primordial de diminuer l’impact environnemental du secteur de la construction et, entre autres, d’intégrer des matériaux renouvelables et biodégradables. Partant de ce contexte, Elisa Hofmann propose une solution à base de terre crue et de mycélium. Les composites mycéliens se distinguent par leur légèreté, leurs propriétés en termes d’isolation ainsi que leur caractère compostable.
Le jury félicite Elisa pour son mémoire adoptant une approche originale et audacieuse. Le mélange d’approches sociologique, biologique et technique est rare en ingénierie. De plus, proposer de lier naturellement la terre et le mycélium est inattendu et innovant.
Le jury souligne la méthodologie et l’effort fourni. Le travail est complet, structuré et très soigné. Le mémoire rassemble en un seul document deux approches fortes : une dimension technique et une dimension socio-anthropologique. Le jury apprécie également la mise en contexte. L’autrice rappelle avec justesse l’importance des matériaux naturels et les limites du modèle actuel d’extraction de ressources. Le jury salue aussi l’honnêteté de l’étudiante. Elle reconnaît ses limites, teste, analyse ce qui ne fonctionne pas, apprend et ajuste son projet. Elle propose ainsi une nouvelle orientation du matériau vers le design, où il a plus de sens.
La démarche 4P est très bien intégrée. La participation est réelle : un focus group d’une dizaine de personnes a été mené. L’étude de l’acceptabilité du matériau est solide et confirme l’intérêt de cette recherche. Le jury apprécie que l’autrice ait vérifié l’intérêt potentiel du matériau avant de proposer une solution.
Sur le plan économique, le jury salue l’intégration des principes d’économie circulaire. Il note cependant que le prix du matériau est encore élevé. Le coût, supérieur aux matériaux classiques, pose la question de la soutenabilité économique. Le jury s’interroge aussi sur les débouchés au-delà du design et de l’ameublement. Cependant, il rappelle que ces projets permettent de faire avancer et d’améliorer ces technologies.
Le jury apprécie ce mémoire disruptif qui questionne le sens et l’acceptabilité d’un matériau innovant.