Camille Tarratte a cherché à rendre le tri des déchets plus accessible et efficace dans les logements verticaux et les espaces de vie restreints. Durant six mois, elle s’est immergée parmi les locataires, concierges et assistant·es sociaux·ales de la société de logement Foyer du Sud à Saint-Gilles et Forest, afin de comprendre les freins économiques, sociaux et psychologiques au tri sélectif et d’écouter les propositions et alternatives formulées par les principales personnes concernées. Tout en s’inspirant de méthodes de tri pratiquées en Allemagne, en Autriche et au Japon, elle a mis au point, avec les personnes précarisées, une boîte à outils permettant d’aborder le tri d’une façon plus vivante : à travers le jeu, la discussion, l’observation et la projection personnelle. Grâce à son immersion et au recours à la psychologie expérimentale, les outils de sensibilisation de Bruxelles-Environnement ont pu être affinés et des jeux coopératifs, susceptibles d’être utilisés dans toutes formes de logements verticaux, ont été conçus.
L'avis du jury du HERA Award Sustainable Design 2026
Ce mémoire interroge la question du tri des déchets dans les habitats verticaux. Avec comme point de départ la création d'une poubelle, l'autrice a finalement adapté son projet aux réalités observées sur le terrain pour co-créer avec les habitant·es une boîte à outils pédagogique.
Le jury a été sensible à la démarche humaine et sociale de ce mémoire. L'autrice a mené un travail de terrain approfondi : visites de foyers, ateliers, observation des pratiques quotidiennes. Le jury a particulièrement apprécié sa posture réflexive. Partie avec l'idée de créer un bac de tri, elle s'est rendu compte que le problème était ailleurs et a eu le courage de changer de direction. Cette remise en question témoigne d'une réelle maturité.
Le jury a apprécié l'approche pédagogique et culturelle du déchet développée dans le mémoire, ainsi que l'accent mis sur la réduction plutôt que sur le recyclage. L'accessibilité du projet constitue également un atout : il ne nécessite pas de compétences techniques particulières et chacun·e peut y retrouver des pistes pour son quotidien. La dimension comportementale et systémique de l'approche a été soulignée, de même que la valeur exemplaire de cette démarche de design social.
Les propositions, bien que pertinentes, restent modestes face à un enjeu de grande ampleur. Le jury aurait souhaité davantage de résultats concrets et mesurables. Il encourage l’autrice à poursuivre sa démarche innovante et à approfondir le développement du kit pédagogique pour renforcer sa réplicabilité. Cette démarche sociale et participative pourrait inspirer les pouvoirs publics dans leurs politiques de gestion des déchets.